
L’actualité récente de cette entreprise m’a déconcerté à plusieurs reprises et incité à m’exprimer.
Comme nombreux d’entre nous, j’ai eu l’occasion d’aller chez Ikea pour y acheter des meubles ou autres bibelots plus ou moins utiles. Outre le labyrinthe savamment étudié dans lequel on déambule (à l’infini), j’ai trouvé la marque plutôt sympa et un rapport qualité prix attractif.
Pendant mes études, j’ai travaillé chez eux quelques années afin d’arrondir mes fins de mois. L’ambiance y était bonne, le job simple mais pratique en terme d’horaires. Je n’avais alors pas l’impression d’être “surveillé” mais c’était certainement le cas.
Quand j’ai appris qu’un “syndicat mondial” s’était crée à Istanbul, je n’y ai d’abord vu que la continuité d’un phénomène connu…la mondialisation.
En effet, il semble cohérent que des salariés d’un pays ne bénéficiant pas des mêmes avantages sociaux que leurs homologues étrangers essayent d’obtenir des droits identiques en se réunissant via un syndicat international. Je n’avais jamais entendu parler d’un phénomène identique auparavant. De là à ce que le quotidien des salariés les moins bien lotis change, je pense que ce n’est pas pour demain et qu’il faudra du temps, beaucoup de temps pour unifier tout cela.
Est-ce que Ikea va déteindre sur d’autres sociétés et inciter ainsi de nombreux salariés à faire de même ? Il me semble que cela va plutôt aller dans ce sens en effet. Quand on voit l’impact qu’a eu Internet dans les pays arabes, on peut imaginer que cet outil va également permettre à de nombreux collaborateurs d’en savoir beaucoup plus donc de réclamer plus.
Les “dernières actualités” du géant du meuble en kit m’ont pour le coup glacé le sang (Le Monde). Il semblerait que cette société ait fait appel à des prestataires extérieurs pour les aider dans leurs recrutements d’une part et surtout obtenir des informations complètement illégales sur leurs salariés d’autre part. Je savais déjà qu’Ikea, comme beaucoup d’autres sociétés, travaillait avec des détectives privés. Et à priori, rien dans la loi ne le leur interdisait.
Tant que la frontière du légal n’est pas dépassée…. au delà du casier judiciaire, une entreprise n’a absolument pas le droit d’obtenir des détails sur la vie privée d’un salarié ou ses orientations politiques ou sexuelles. L’affaire n’ayant pas encore été jugée, il m’est difficile de formuler un point de vu juridique.
Par contre, en tant que citoyen et gérant d’une entreprise, je suis effaré que de tels comportements puissent avoir lieu. On a la désagréable impression de revenir quelques dizaines d’années en arrière ou de vivre dans un ancien pays de l’est avec la crainte permanente d’être arrêté ou espionné par le KGB.
Que vont penser les salariés travaillant actuellement chez Ikea ? Il me semble très compliqué pour la direction générale de cette enseigne de se contenter d’un communiqué de presse expliquant qu’elle reconnaît l’existence de “pratiques dans la recherche de renseignements sur la vie privée” qui n’ont pas respecté “les valeurs et l’éthique de l’entreprise”…
L’image de cette enseigne est dégradée pour longtemps et surtout, c’est la profitabilité d’Ikea, via tous ses collaborateurs, qui va s’en trouver détériorée…à plus ou moins long terme. Il va en effet être très compliqué d’instaurer de nouveau un climat de confiance et je pense qu’ils auront impérativement besoin de l’aide d’intervenants extérieurs pour repartir sur la bonne voix. C’est compliqué de dire à un collaborateur “vas-y, fais moi confiance” après tout ce qui s’est passé en interne.
Je ne cesse de répéter depuis plusieurs années que l’image sociale d’une société est un des éléments essentiels de sa réussite. Les citoyens sont de plus en plus attentifs à ce qui se cache derrière les beaux discours corporate des entreprises. De grandes marques internationales en ont déjà fait les frais, Nike pour ne citer que lui.
A une époque où la performance sociale d’une entreprise prend de plus en plus d’importance, je pense qu’Ikea nous montre exactement le modèle à ne pas suivre…